L'Autriche et le Luxembourg renoncent enfin au secret bancaire
Par Anne Bauer | 12/03 | 06:00
Les
deux irréductibles défenseurs du secret bancaire acceptent de
passer à l'échange automatique d'informations.
L'accord
politique sera scellé formellement lors du sommet européen de la
semaine prochaine.
Hier matin à
Bruxelles, un pas de géant a été accompli dans la lutte contre la
fraude et l'évasion fiscale. Les ministres des Finances de l'Union
européenne ont enfin réussi à convaincre l'Autriche et le
Luxembourg de ne plus bloquer la directive européenne sur la
fiscalité de l'épargne. Ce texte, sur la table depuis 2008, a pour
but d'obliger l'Europe à passer à l'échange automatique
d'informations, tant sur les comptes d'épargne classiques que sur
certains produits plus sophistiqués, et surtout sur les versements
effectués par les trusts et diverses fondations, ces structures de
camouflage qui sévissent dans tous les paradis fiscaux. Depuis plus de cinq ans, le Luxembourg et l'Autriche s'opposaient à son adoption contre la volonté d'aller de l'avant des 25 autres pays de l'Union. Ces deux Etats ont toujours défendu leur secret bancaire, par peur que leur industrie bancaire ne soit plus compétitive face à la Suisse et quelques autres spécialistes de la gestion de fortunes comme Andorre, Saint-Marin, Monaco ou le Liechtenstein. Or, l'Union européenne ne peut légiférer sur des questions fiscales qu'à l'unanimité.
Progrès des négocations
En mai dernier, les chefs d'Etat et de gouvernement avaient toutefois frappé un grand coup sur la table en demandant que cette question soit résolue avant la fin 2013. Tandis que l'Europe plaide au G20 pour la transparence fiscale et l'adoption d'un standard généralisé d'échange automatique d'informations entre administrations fiscales, elle ne pouvait continuer à ne pas donner l'exemple chez elle. Fin décembre, faute de progrès, les dirigeants ont repoussé la date limite à la fin mars 2014. Cette fois-ci, le sommet européen du 20 et 21 mars devrait enfin sceller l'accord entre les 28 Etats sur le passage à l'échange automatique d'informations. Hier, le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna, et son homologue d'Autriche, Michael Spindelegger, ont expliqué à Bruxelles qu'ils étaient prêts, au vu des bons progrès des négociations menées par la Commission européenne avec la Suisse, le Liechtenstein, Monaco, Andorre et Saint-Marin sur l'échange automatique d'informations.En outre, du côté du G20, le dossier a avancé plus vite que prévu. En février, les Etats se sont mis d'accord sur un standard global d'échange automatique d'informations entre administrations fiscales, négocié par l'OCDE, Ce standard doit être adopté au G20 en mai prochain. « Grâce aux progrès des négociations de la Commission européenne avec la Suisse et au vu de l'évolution rapide du standard du G20, nous pensons qu'il est inéluctable d'aller vers plus de transparence et vers l'échange automatique d'informations », a déclaré à la presse Pierre Gramegna.
Toutefois, au vu de l'importance du sujet pour son pays, dont le secteur financier s'est spécialisé dans la gestion de fortune et de fonds, il a plaidé pour que ce soit le nouveau Premier ministre du Luxembourg, Xavier Bettel, qui annonce formellement la décision politique du pays la semaine prochaine au Conseil européen. Sauf recul de dernière heure, les chefs d'Etat et de gouvernement pourront donc annoncer la fin du secret bancaire en Europe.